Travailler avec le sérieux d'un enfant qui s'amuse

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ecolopol:nuitdebout [2016/04/18 17:03] Grégory Gutierezecolopol:nuitdebout [2026/08/11 13:40] (Version actuelle) – [Avec un gosse à la #NuitDebout] Grégory Gutierez
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 ====== #NUITDEBOUT, quels sont nos communs ? ====== ====== #NUITDEBOUT, quels sont nos communs ? ======
  
-Depuis le jeudi 31 mars 2016, le collectif #nuitdebout s'est installé place de la République à Paris, à l'occasion d'une journée de manifestations contre la loi du travail de la ministre El Khomri. J'étais présent ce premier soir, parmi une petite centaine de personnes serrées les unes contre les autres, sous une pluie glacée. Il était question de l'art et la manière de pouvoir rester sur place, s'il //fallait// rester ou plutôt se retrouver une fois par semaine, comment réagir si la police décidait d'évacuer la place, mais aussi de démocratie et de sa réalisation véritable, ou de son abandon pour d'autres formes de société.+Depuis le jeudi 31 mars 2016, le collectif #nuitdebout s'est installé place de la République à Paris, à l'occasion d'une journée de manifestations contre la loi Travail de la ministre El Khomri. J'étais présent ce premier soir, parmi une petite centaine de personnes serrées les unes contre les autres, sous une pluie glacée. Il était question de l'art et la manière de pouvoir rester sur place, s'il //fallait// rester ou plutôt se retrouver une fois par semaine, comment réagir si la police décidait d'évacuer la place, mais aussi de démocratie et de sa réalisation véritable, ou de son abandon pour d'autres formes de société
 + 
 +Depuis ce premier soir, le mouvement tient bon, les commissions se multiplient, le site "officiel" se remplit (http://www.convergence-des-luttes.org), fait parler en bien ou en mal dans les médias, force des politiciens à se positionner, s'exporte dans les régions et au-delà des frontières.  
 + 
 +Pour ma part, j'ai la chance de pouvoir assister régulièrement aux événements de la place de la République. Sur cette page, je collecte mes notes et remarques sur l'évolution du mouvement #NuitDebout.
  
 ===== 31 mars 2016, premier jour d'occupation de la place de la République ===== ===== 31 mars 2016, premier jour d'occupation de la place de la République =====
  
-<html><a data-flickr-embed="true" data-header="true"  href="https://www.flickr.com/photos/greguti/albums/72157666871095086" title="Première soirée de la #NuitDebout place de la République, à Paris"><img src="https://farm2.staticflickr.com/1507/26140209446_6d2805f2cf_z.jpg" width="640" height="480" alt="Première soirée de la #NuitDebout place de la Républiqueà Paris"></a><script async src="//embedr.flickr.com/assets/client-code.js" charset="utf-8"></script></html>+[{{ :ecolopol:nuitdebout-0.png?800 |Première journée de Nuit Debutle 31 mars 2016.}}]
  
 Les débats étaient organisés : des tours de parole, 2 mn max par personne, un "scribe" chargé de prendre des notes, un animateur pour résumer la progression de la discussion, rappeler les règles techniques, etc. Les techniques du mouvement américain #Occupy sont utilisées : une gestuelle silencieuse permet d'exprimer accord, désaccord, question sur un point technique, etc. Le tout pour permettre la discussion et les votes, même quand on est vraiment nombreux. Les débats étaient organisés : des tours de parole, 2 mn max par personne, un "scribe" chargé de prendre des notes, un animateur pour résumer la progression de la discussion, rappeler les règles techniques, etc. Les techniques du mouvement américain #Occupy sont utilisées : une gestuelle silencieuse permet d'exprimer accord, désaccord, question sur un point technique, etc. Le tout pour permettre la discussion et les votes, même quand on est vraiment nombreux.
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 Je retourne visiter la #NuitDebout quelques jours plus tard. C'est dimanche, il fait beau, j'arrive place de la République vers 13h. La place est encore calme, de nombreux stands sont en train d'être montés, quelques promeneurs commencent à s'y arrêter. Je suis impressionné par le foisonnement des stands, les programmes de la journée inscrits sur de grands paperboards ici et là, les innombrables slogans et textes écrits sur les murs de fortune.  Je retourne visiter la #NuitDebout quelques jours plus tard. C'est dimanche, il fait beau, j'arrive place de la République vers 13h. La place est encore calme, de nombreux stands sont en train d'être montés, quelques promeneurs commencent à s'y arrêter. Je suis impressionné par le foisonnement des stands, les programmes de la journée inscrits sur de grands paperboards ici et là, les innombrables slogans et textes écrits sur les murs de fortune. 
  
-<html> +[{{ :ecolopol:nuitdebout-2.png?800 |#NuitDebout, après-midi du dimanche 10 avril 2016, place de la République, Paris}}]
-<a data-flickr-embed="true" data-header="true"  href="https://www.flickr.com/photos/greguti/albums/72157664729280464" title="#NuitDebout, après-midi du dimanche 10 avril 2016, place de la République, Paris"><img src="https://farm2.staticflickr.com/1632/25763046264_7f4cec293d.jpg" width="500" height="259" alt="#NuitDebout, après-midi du dimanche 10 avril 2016, place de la République, Paris"></a><script async src="//embedr.flickr.com/assets/client-code.js" charset="utf-8"></script> +
-</html>+
  
 La place ne tarde pas à se remplir, vers 14h, il y a déjà des agrégats de gens à divers endroits, à 15h, toute la place est remplie d'une foule dense, on circule via des corridors improvisés entre les masses regroupées pour débattre en commissions, en cercles à même le sol, participer à des conférences (j'ai compté pratiquement 300 personnes à celle à propos du revenu universel), ou qui se renseignent aux différents stands. Pêle-mêle, on trouvait ce jour-là des commissions sur l'éducation, le travail, la grève générale, l'amour, les actions à mener, la rédaction d'un manifeste du mouvement, l'accueil des migrants et réfugiés, ... Et des stands de Greenpeace, d'Acrimed, du Mouvement Utopia, du DAL, d'un libraire en auto-gestion proposant notamment des livres sur la décroissance et l'anarchie, un stand sur la condition animale et le véganisme, un potager improvisé distribuant des petits pots de diverses plantes, mais aussi un squat d'anarchistes bariolé de slogans anti-police, plusieurs petits attroupements de musiciens "du dimanche", quelques musiciens très pro (dont Nina Blue, seule avec sa guitare et un petit ampli, cf. vidéo ci-dessous), un atelier de dessin ouvert à tout le monde, un stand de nourriture avec "prix libre", ...  La place ne tarde pas à se remplir, vers 14h, il y a déjà des agrégats de gens à divers endroits, à 15h, toute la place est remplie d'une foule dense, on circule via des corridors improvisés entre les masses regroupées pour débattre en commissions, en cercles à même le sol, participer à des conférences (j'ai compté pratiquement 300 personnes à celle à propos du revenu universel), ou qui se renseignent aux différents stands. Pêle-mêle, on trouvait ce jour-là des commissions sur l'éducation, le travail, la grève générale, l'amour, les actions à mener, la rédaction d'un manifeste du mouvement, l'accueil des migrants et réfugiés, ... Et des stands de Greenpeace, d'Acrimed, du Mouvement Utopia, du DAL, d'un libraire en auto-gestion proposant notamment des livres sur la décroissance et l'anarchie, un stand sur la condition animale et le véganisme, un potager improvisé distribuant des petits pots de diverses plantes, mais aussi un squat d'anarchistes bariolé de slogans anti-police, plusieurs petits attroupements de musiciens "du dimanche", quelques musiciens très pro (dont Nina Blue, seule avec sa guitare et un petit ampli, cf. vidéo ci-dessous), un atelier de dessin ouvert à tout le monde, un stand de nourriture avec "prix libre", ... 
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 //__"L'immense majorité des Français veut qu'on libère le pays."__// De qui ? De quoi ? Oui effectivement, cher François, il y a une volonté palpable de libération. Mais pas sûr qu'on parle de la même chose. //__"L'immense majorité des Français veut qu'on libère le pays."__// De qui ? De quoi ? Oui effectivement, cher François, il y a une volonté palpable de libération. Mais pas sûr qu'on parle de la même chose.
  
-===== Dimanche 18 avril 2016, toujours en lutte =====+===== Dimanche 18 avril 2016, l'image du mouvement en question(s) =====
  
 ==== Avec un gosse à la #NuitDebout ==== ==== Avec un gosse à la #NuitDebout ====
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 Sinon, à part écouter des gens parler, que faire avec un gosse à la #NuitDebout ? Il y avait un atelier dessins, des parts de gâteaux bio vendus par des participants au mouvement, mais le mien, de gosse, a préféré regarder un spectacle de cracheurs de feu, assez bluffant il fallait bien l'avouer. Pendant plus d'une heure, plusieurs jongleurs et cracheurs ont enthousiasmé une foule compacte, accompagnés par des tambours. Sinon, à part écouter des gens parler, que faire avec un gosse à la #NuitDebout ? Il y avait un atelier dessins, des parts de gâteaux bio vendus par des participants au mouvement, mais le mien, de gosse, a préféré regarder un spectacle de cracheurs de feu, assez bluffant il fallait bien l'avouer. Pendant plus d'une heure, plusieurs jongleurs et cracheurs ont enthousiasmé une foule compacte, accompagnés par des tambours.
  
-<html> +[{{ :ecolopol:nuitdebout-1.png?800 |NuitDebout sur la place de la République début avril 2016.}}]
-<a data-flickr-embed="true" data-header="true"  href="https://www.flickr.com/photos/greguti/26423870666/in/datetaken-public/" title="IMG_20160415_214615"><img src="https://farm2.staticflickr.com/1609/26423870666_7ac0a77cc2.jpg" width="500" height="375" alt="IMG_20160415_214615"></a><script async src="//embedr.flickr.com/assets/client-code.js" charset="utf-8"></script> +
-</html>+
  
-Dans l'ensemble, en deux soirées ensemble (grosso modo, de 19h30 à 22h30), à aucun moment je n'ai senti un quelconque malaise à l'idée de balader mon gosse sur la place de la République. Au contraire, il y avait une réelle bienveillance autour de nous. Un type s'arrête devant nous et me demande s'il peut prendre mon fils en photo : //"il est trop beau avec son gilet plein de couleurs !"// +Au final, en deux soirées ensemble (grosso modo, de 19h30 à 22h30), à aucun moment je n'ai senti un quelconque malaise à l'idée de balader mon gosse sur la place de la République. Au contraire, il y avait une réelle bienveillance autour de nous. Un type s'arrête devant nous et me demande s'il peut prendre mon fils en photo : //"il est trop beau avec son gilet plein de couleurs !"// 
  
 Un type totalement aviné se risque à monter sur le statuaire de la place, il se retrouve bloqué à mi-chemin, les pompiers arrivent et l'aident à redescendre. Pendant toute l'opération, nous restons plantés là, parmi les badauds, je commente l'action à mon fils, qui remarque : //"C'est donc comme ça, un monsieur qui est saoul ?"//. Nous en avions justement parlé la veille, des dangers de l'alcool à haute dose.  Un type totalement aviné se risque à monter sur le statuaire de la place, il se retrouve bloqué à mi-chemin, les pompiers arrivent et l'aident à redescendre. Pendant toute l'opération, nous restons plantés là, parmi les badauds, je commente l'action à mon fils, qui remarque : //"C'est donc comme ça, un monsieur qui est saoul ?"//. Nous en avions justement parlé la veille, des dangers de l'alcool à haute dose. 
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 Sous un petit chapiteau, la commission "Féminisme" organise une discussion "non-mixte", c'est-à-dire que les hommes n'y sont pas les bienvenus. De fait, je ne sais pas de quoi il était exactement question, mais j'ai vu plusieurs passants se faire gentiment rabrouer parce qu'ils tardaient à passer leur chemin, et tendaient un peu trop l'oreille. Personnellement, je ne vois rien à redire à ces rassemblements non-mixtes, je ne suis pas concerné et c'est tout. Mais j'ai trouvé tout de même assez délicat de réussir à tenir ce genre de réunion en plein air, au milieu de tout ce monde. J'imagine que la discussion devait être constamment ponctuée de //"monsieur, s'il vous plaît, éloignez-vous ! C'est non-mixte ici !"// Et pas sûr que les simples curieux aient une image positive de ce genre de féminisme qui entend les exclure.  Sous un petit chapiteau, la commission "Féminisme" organise une discussion "non-mixte", c'est-à-dire que les hommes n'y sont pas les bienvenus. De fait, je ne sais pas de quoi il était exactement question, mais j'ai vu plusieurs passants se faire gentiment rabrouer parce qu'ils tardaient à passer leur chemin, et tendaient un peu trop l'oreille. Personnellement, je ne vois rien à redire à ces rassemblements non-mixtes, je ne suis pas concerné et c'est tout. Mais j'ai trouvé tout de même assez délicat de réussir à tenir ce genre de réunion en plein air, au milieu de tout ce monde. J'imagine que la discussion devait être constamment ponctuée de //"monsieur, s'il vous plaît, éloignez-vous ! C'est non-mixte ici !"// Et pas sûr que les simples curieux aient une image positive de ce genre de féminisme qui entend les exclure. 
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-<html><a data-flickr-embed="true" data-header="true"  href="https://www.flickr.com/photos/greguti/25894958504/in/datetaken-public/" title="IMG_20160416_202025"><img src="https://farm2.staticflickr.com/1507/25894958504_2c7a161837.jpg" width="500" height="375" alt="IMG_20160416_202025"></a><script async src="//embedr.flickr.com/assets/client-code.js" charset="utf-8"></script></html> 
  
 Parmi les nombreuses commissions présentes ce jour-là, j'ai participé aux discussions de la commission "Françafrique", à propos du génocide du Rwanda en 1994 (au moins un million de morts en cent jours), et de la responsabilité de l'État français dans ce drame. La discussion commence par un résumé des événements par un étudiant en histoire, puis un jeune homme, survivant du génocide, témoigne qu'aujourd'hui //"les enfants des bourreaux et ceux des victimes arrivent à peu près à vivre ensemble"//. La question qui fâche, c'est bien sûr celle de la responsabilité du gouvernement français dans le massacre : a-t-il seulement "laissé faire" ? L'armée française a-t-elle continué à entraîner les militaires Hutu, devenus milices meurtrières, au nom de l'entraide entre les deux nations, sans voir qu'un véritable génocide était en cours ? Pourtant, les signes avant-coureurs étaient nombreux et le génocide était organisé bien à l'avance par, semble-t-il, des extrémistes Hutu qui ne toléraient pas le nouveau gouvernement "d'union nationale" qui allait faire travailler ensemble Hutu et Tutsi.  Parmi les nombreuses commissions présentes ce jour-là, j'ai participé aux discussions de la commission "Françafrique", à propos du génocide du Rwanda en 1994 (au moins un million de morts en cent jours), et de la responsabilité de l'État français dans ce drame. La discussion commence par un résumé des événements par un étudiant en histoire, puis un jeune homme, survivant du génocide, témoigne qu'aujourd'hui //"les enfants des bourreaux et ceux des victimes arrivent à peu près à vivre ensemble"//. La question qui fâche, c'est bien sûr celle de la responsabilité du gouvernement français dans le massacre : a-t-il seulement "laissé faire" ? L'armée française a-t-elle continué à entraîner les militaires Hutu, devenus milices meurtrières, au nom de l'entraide entre les deux nations, sans voir qu'un véritable génocide était en cours ? Pourtant, les signes avant-coureurs étaient nombreux et le génocide était organisé bien à l'avance par, semble-t-il, des extrémistes Hutu qui ne toléraient pas le nouveau gouvernement "d'union nationale" qui allait faire travailler ensemble Hutu et Tutsi. 
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 ==== L'affaire Finky (ou comment faire diversion) ==== ==== L'affaire Finky (ou comment faire diversion) ====
  
-Mais un problème revient régulièrement pendant les discussions de cette fin de journée : comment faut-il réagir après "l'expulsion de Finkielkraut" ? La veille au soir, en effet, alors que l'ancien ministre grec Varoufakis intervenait devant l'assemblée citoyenne, le philosophe très médiatique et désormais ouvertement néo-réactionnaire Alain Finkielkraut se promenait sur la place de la République. Il a pu y rester une bonne heure, sans que personne ne vienne le solliciter, avant d'être pris à parti par un groupe de quelques jeunes qui lui lancent des //"dégage !"// et autres //"facho !"//. L'altercation, Finkielkraut répondant à ses critiques avec tout autant de verve et d'élégance, est filmée puis diffusée par un [[http://lahorde.samizdat.net/2014/12/02/petit-rappel-sur-ce-quest-le-cercle-des-volontaires/|groupuscule de la fachosphère, le Cercle des Volontaires]], lequel accompagnait Finkielkraut ce soir-là. Les quelques secondes de vidéo vont vite faire le tour de Twitter et de Facebook, et donc des salles de rédaction. Les médias s'emparent de l'affaire, Laurent Joffrin dans Libération écrit une tribune qui fait passer le vieux philosophe à la pensée naufragée pour la pauvre victime d'une foule agressive. Il se trouve que j'étais là ce soir-là, avec mon gosse, et juste à côté de la scène filmée. La sortie de Finkielkraut fut un non événement : aucun mouvement de foule, rien, juste quelques excités qui l'ont pris à parti, au milieu de gens qui allaient et venaient s'en s'y intéresser le moins du monde. On passera sur le fait qu'au lieu de reculer, et de répondre aux //"dégage !"// par des //"fascistes !"//, notre auguste star de télévision aurait pu tenter un dialogue. Mais c'est tellement plus facile de se poser en victime ! Faire accroire qu'on a toute une foule contre soit, c'est confortable, on passe pour un héros de la liberté d'expression, sans avoir à faire autre chose que s'offusquer.+Mais un problème revient régulièrement pendant les discussions de cette fin de journée : comment faut-il réagir après "l'expulsion de Finkielkraut" ? La veille au soir, en effet, alors que l'ancien ministre grec Varoufakis intervenait devant l'assemblée citoyenne, le philosophe très médiatique et désormais ouvertement néo-réactionnaire Alain Finkielkraut se promenait sur la place de la République. Il a pu y rester une bonne heure, sans que personne ne vienne le solliciter, avant d'être pris à parti par un groupe de quelques jeunes qui lui lancent des //"dégage !"// et autres //"facho !"//. L'altercation, Finkielkraut répondant à ses critiques avec tout autant de verve et d'élégance, est filmée puis diffusée par un [[http://lahorde.samizdat.net/2014/12/02/petit-rappel-sur-ce-quest-le-cercle-des-volontaires/|groupuscule de la fachosphère, le Cercle des Volontaires]], lequel accompagnait Finkielkraut ce soir-là. Les quelques secondes de vidéo vont vite faire le tour de Twitter et de Facebook, et donc des salles de rédaction. Les médias s'emparent de l'affaire, Laurent Joffrin dans Libération écrit une tribune qui fait passer le vieux philosophe à la pensée naufragée pour la pauvre victime d'une foule agressive. Il se trouve que j'étais là ce soir-là, avec mon gosse, et juste à côté de la scène filmée. La sortie de Finkielkraut fut un non événement : aucun mouvement de foule, rien, juste quelques excités qui l'ont pris à parti, au milieu de gens qui allaient et venaient s'en s'y intéresser le moins du monde. On passera sur le fait qu'au lieu de reculer, et de répondre aux //"dégage !"// par des //"fascistes !"//, notre auguste star de télévision aurait pu tenter un dialogue. Mais c'est tellement plus facile de se poser en victime ! Faire accroire qu'on a toute une foule contre soit, c'est confortable, on passe pour un héros de la liberté d'expression, sans avoir à faire autre chose que s'offusquer et se draper dans une dignité souillée par les barbares
  
-Un participant à la commission "Accueil et Sérénité" de la #NuitDebout s'est d'ailleurs fendu d'une réponse à l'édito de Joffrin où il précise les événements, qu'il a vécus de l'intérieur : +Un participant à la commission "Accueil et Sérénité" de la #NuitDebout s'est d'ailleurs fendu d'une réponse à l'édito de Joffrin où il précise ces événements, qu'il a vécus de l'intérieur : 
  
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 Il y a le choix parmi les grincheux cette semaine, je pourrais citer les funestes leaders du Front National, mais ils sont dans leur rôle et autant ne pas les médiatiser plus qu'ils ne le sont déjà par les chaîne d'information en continue... En revanche, je suis tombé de ma chaise samedi matin en écoutant le journaliste chroniqueur Claude Askolovitch, recevant un élu municipal de Paris dans sa matinale sur LCI. Tranquille, l'air de rien, Askolovitch interroge son invité sur la NuitDebout, dont il parle comme d'une occupation //"insupportable"// d'un lieu public, quelque chose qui //"fait souffrir les habitants de Paris"//. Les mots sont toujours importants, et jamais anodins. Quelque chose d'insupportable qui fait souffrir, c'est comme une maladie donc, une sorte de cancer qui rongerait la capitale. Et en plus, c'est contagieux ! L'intérêt de la chose, c'est qu'Askolovitch aborde la question en passant, sans insister, comme s'il exprimait là une opinion largement partagée par les téléspectateurs. Une manière douce de glisser une association d'idée délétère pour le mouvement. La #NuitDebout, souffrance insupportable du bon Parisien, celui qui, évidemment, se couche tôt et travaille docilement ! Il y a le choix parmi les grincheux cette semaine, je pourrais citer les funestes leaders du Front National, mais ils sont dans leur rôle et autant ne pas les médiatiser plus qu'ils ne le sont déjà par les chaîne d'information en continue... En revanche, je suis tombé de ma chaise samedi matin en écoutant le journaliste chroniqueur Claude Askolovitch, recevant un élu municipal de Paris dans sa matinale sur LCI. Tranquille, l'air de rien, Askolovitch interroge son invité sur la NuitDebout, dont il parle comme d'une occupation //"insupportable"// d'un lieu public, quelque chose qui //"fait souffrir les habitants de Paris"//. Les mots sont toujours importants, et jamais anodins. Quelque chose d'insupportable qui fait souffrir, c'est comme une maladie donc, une sorte de cancer qui rongerait la capitale. Et en plus, c'est contagieux ! L'intérêt de la chose, c'est qu'Askolovitch aborde la question en passant, sans insister, comme s'il exprimait là une opinion largement partagée par les téléspectateurs. Une manière douce de glisser une association d'idée délétère pour le mouvement. La #NuitDebout, souffrance insupportable du bon Parisien, celui qui, évidemment, se couche tôt et travaille docilement !
  
-\\ +D'ailleurs, Claude a trouvé une alliée de poids, deux jours plus tard, en la personne de l'immense Véronique Genest, actrice de téléfilms et séries télé qui ont fortement enrichi la culture française du 20e siècle. Elle habite près de la place de la République, et elle n'en peut plus, la pauvre. Je cite, parce qu'il ne faut pas perdre un discours si réaliste et pertinent :  
-~~LINKBACK~~ + 
-~~socialite~~ +<blockquote>Selon elle, la situation est en effet "invivable", elle décrit des scènes terribles : "Il y a des portes qui sont défoncées, il y a le feu. Je dois partir une semaine, j’ai peur de laisser mon fils", explique celle qui dit aussi n'avoir "pas dormi depuis dix jours". 
-~~DISQUS~~+[[http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/21693-nuitdebout-genest-veronique-genest-monter-association.html|source]]</blockquote>
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