Symptom of the Universe, Black Sabbath, 1975


Sur l’album Sabotage en 1975 (sans doute l’une des pochettes d’album les plus ridicules au monde), le morceau “Symptom of the Universe” est très illustratif de la composition façon Black Sabbath. Les “yeahhhh” languissants d’Ozzy Osbourne sont annonciateurs du style hard rock / heavy metal qui fleurira au début des années 1980, mais surtout, ce qui frappe dans cette composition c’est le mélange entre deux univers, deux atmosphères très différentes, avec en guise de transition ce pont avec solo de batterie puis de guitare entre 3:30 et 4:30. Ce petit passage joue à peu près le rôle d’un ruban de scotch pour associer ensemble ce qui aurait pu sinon tout à fait fonctionner comme deux morceaux différents, le premier en tant qu’hymne “heavy rock”, avec ce riff à coupant et agressif typique de Tony Iommi et des paroles désespérantes au possible (“The symptom of the universe is written in your eyes”), le deuxième beaucoup plus folk et tout en rondeur, avec guitare acoustique et paroles enfin apaisées (“In your eyes I see no sadness, you are all that loving means”).

La musique de Black Sabbath est peut-être une musique brute, qui prend aux tripes, mais elle est beaucoup moins simpliste qu’on ne le croit généralement. La comparaison avec les compositions élaborées de Led Zeppelin est évidemment tentante. Le jeu de guitare de Tony Iommi est loin d’être aussi fin et alambiqué que celui de Jimmy Page, mais le caractère d’urgence et la spontanéité de son jeu en font un guitariste peut-être plus authentique, plus instinctif. C’est moins expérimental, mais c’est violemment neuf (pour l’époque) et tout aussi addictif. Quant à Osbourne, dans la deuxième partie de ce morceau, les similitudes avec Robert Plant sont pour le moins épatantes.